Impasse mort-vivant

••• De Jean Wadly Samson ••


C’est comme une sorte d’accalmie. Moment suspendu où il ne reste que fumée là où l’on espérait voir au moins une silhouette se démarquer du décor. Silhouette que nos regards figés auraient déformée en cette matinée où le ciel tremblait de peur pour avoir été l’ultime témoin de ce qui semblait être les derniers moments de l’humanité. 1er  janvier 1900. Tout semblait si serein qu’on avait l’impression qu’aucun être vivant n’habitait les lieux. Que même les oiseaux, la mer, les arbres, les montagnes avaient pu trouver un échappatoire. Je dirais que même le soleil avait pu trouver de quoi s’envelopper pour ne pas se sentir coupable à cause de ses rayons. Une rue blanche, vidée de tout sauf des vieilles voitures à ma droite. Pas de marchands de carottes ou de tomates ce matin pour crier dès le réveil. Toutes les boutiques étaient fermées. Aucune âme en vue. Même pas ces vieux de 90 ans tendant la main aux passants devant cette ancienne église coloniale. Le saint dormait à poings fermés ne voulant recevoir aucune demande, aucune bougie allumée à sa porte, aucun son de tambour ni de clairin aux alentours. Le ciel se métamorphosait, déversant  toute son encre dans l’abîme. Les nuages, on dirait une barricade pour tenter de défier les demi-dieux, survolaient le cimetière. Une tête de mort croquée à l’entrée, des gouttes de sang sur les pierres tombales, et sur la grande croix bien au centre du vaste terrain sinistre s’érigeait une pancarte où était écrit « Vive la poésie! Vive la liberté! ». Chaque cadavre était un poème mutilé, une divinité qui s’enivrait, fumait et hurlait à travers un esprit bordelique. De là parvenaient, des éclats de voix étouffées, suivant un rythme ensorcellant, marmonant en boucle « Nous sommes poètes. Nous sommes héritiers des tombes et de la poussière. Demain dès l’aube, nous serons tous réunis autour de tout ce qui nous lie. Le temps aura beau essayé de nous bouffer par centaines, par milliers; les poètes s’en iront, le poème demeurera. Immortel. »

Leave a comment

Create a website or blog at WordPress.com

Up ↑

Design a site like this with WordPress.com
Get started