••• De Christian Laurent SIMILIEN ••
«Demain je partirai avec tes souvenirs en poches
Je partirai avec ton sourire d’ange
Sur cette danse, nos corps ne feront qu’un
Demain je partirai avec l’âme de cette ville »
Minwi_
Nuit blanche. Ou peut-être bleue, je ne sais plus. Depuis que t’es partie, les rues se sont éteintes et les trottoirs portent le deuil. Alors je tente de t’écrire cette lettre, gorge nouée, esprit abattu.
Je t’écris par peur de succomber à l’ivresse de mes pensées. J’écris pour me cacher, pour emprisonner la vie, l’assener de coups de poing, user de brutalité comme elle envers moi. Ici, la violence nous ronge l’esprit. Elle est partout. Dans ma voix. Ma façon d’être. Ici, les rires sont faits de sang. Des pleurs inondent les rues.
Hier encore, nous étions ensemble. Maintenant, tu es partie et je vois venir les mauvais jours de loin. Tu es partie. À pas de tortue. Sans un mot. Tu as du souffrir, bon sang ! « Pourquoi toi » sont les seuls mots qui m’obsèdent. La seule phrase inachevée que je puisse dire. Que je puisse essayer de dire. Tu es partie. Je me le répète pour tenter d’y croire.
Alors sur mes feuilles, des gouttes tombent. Et je jalouse mes larmes de pouvoir si aisément laisser mon corps et s’arracher à la vie. Alors je pleure nos promesses, je pleure nos rires indiscrets, je pleure la mienne d’existence encombrée désormais de souvenirs vains.
Je pleure toutes ces fois où je t’accompagnais jusqu’à ton trottoir, défiant le reste du monde, ta fille accrochée à mes bras. Je pleure ta fille plus que je ne te pleure. Je lui ferai aussi une lettre. Qu’elle ne lira sans doute jamais. Mais j’essaierai quand même de lui raconter ta vie. Il ne reste plus rien à dire sur ta mort ; les journaux ont catalogué tous les mots. Tragédie. Malchance. Balle perdue. Catastrophe. Accident. J’essaierai de raconter ta vie à notre fille. Et je lui dirai “Mathilde, ta mère a beau être une prostituée, nous nous sommes aimés comme jamais amour n’a su être voué.”


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