Docteure Milady Auguste, avec l’écriture comme cheval de bataille

••• De Schebna BAZILE ••


Milady Auguste est née à Port-au-Prince en Février 1992. En 2011, elle intègre la Faculté de Médecine de l’Université Notre Dame d’Haïti d’où elle poursuit son rêve de devenir pédiatre. Ce parcours, assez strict pourtant, ne lui empêche pas de s’adonner à la littérature qu’elle courtisait déjà bien avant ses 12 ans.

C’est en 2018 qu’elle publie son premier roman, En attendant le bout de la caverne, avec Legs Édition. Une histoire intrépide où les grands mythes du vodou haïtien croisent le fer avec la passion et le merveilleux. Entre Mélodie Devillefort qui essaie désespérément de retracer son passé ; le professeur Bertrand venu de Paris pour des recherches sur l’Atlantide en Haïti ; et Raphaël Etienne qui se laisse guider par « une dame en blanc » dans le seul but de protéger Mélodie, En attendant le bout de la caverne est le récit d’une aventure époustouflante. L’auteure porte une attention soutenue aux détails. Le style y est très élégant, avec une certaine cadence non-linéaire qui donne aux lecteurs.trices cette impression du réel autour de cette quête qui oppose clairement science et spiritualité.

2022, nouvelle annonce. Un second roman signé Milady Auguste. Sur les traces de Man Bonne, le titre qui a été révélé sur les plateformes en ligne de l’auteure et de C3 Édition, devrait paraitre très bientôt. À quoi s’attendre ? Que nous réserve Docteure Auguste dans cette sortie ?

Le vodou en toile de fond et des protagonistes féminins.

Milady trouve que le vodou haïtien va au-delà du facteur religieux. Elle pense que ce dernier laisse son empreinte sur trop de facettes de notre évolution de peuple pour être limité uniquement à sa portée spirituelle. Et puisque sa démarche est d’écrire l’haïtien, les pratiques vodouisantes seront aussi au cœur de Sur les traces de Man Bonne qu’elle se plait à décrire comme un roman qui traverse le pays dans sa dimension historique, culturelle et socio-politique.

Dans ses nouvelles que l’on retrouvait sur Ayibopost, Milady Auguste portait en premier plan des personnages féminins comme elle en offrait de masculin. « Les pensées d’un Don Juan » en 2015, « Être une femme de la classe moyenne en Haïti » en 2017, et elle qui disait dans l’un de ses billets à l’époque où elle était encore coordonnatrice d’honneur du journal de sa Faculté «  je ne veux point être une puriste du domaine littéraire avec de grands mots, en suivant une école bien précise. Je veux tout simplement écrire des textes qui non seulement renseignent sur le domaine médical, mais reflètent certaines réalités de notre quotidien. » Et la voilà qui se lance dans cette entreprise des réalités du quotidien haïtien, avec un certain bémol : dans ses deux romans, les personnages principaux sont des femmes. « Notre littérature a été suffisamment dominée par des figures mâles. Il est peut-être temps de changer. Je compte bien offrir des personnages féminins à la hauteur de mes consœurs pendant longtemps encore. » a-t-elle confié. 

De l’engagement socio-politique et culturel.

Une autre source de motivation pour son travail, à côté de sa passion des lettres, est ce sentiment de devoir de mémoire. Milady appuie l’approche selon laquelle si l’on voudrait connaitre ce qu’est la vie d’un peuple sur une période donnée, il faudrait lire les romans produits durant cette période. Écrire devient donc son cheval de bataille, le symbole de sa position face aux évènements socio-politiques que traverse le pays. Elle se considère une artiste engagée, faisant de sa plume un outil de combat.

De quoi inspirer les autres.

Milady tire ses personnages de son entourage. Ce sont tous des caricatures de gens qu’elle a côtoyé. Les thèmes comme l’exil, les troubles politiques, les recherches scientifiques, le retour vers l’identité ethnique ; elle les a vus traverser sa vie. Son père, journaliste, a fortement influencé ses méthodes de recherche et sa mère, qui a été pendant un temps sa seule figure parentale, l’a poussée à monter ses personnages féminins combien forts et indépendants.

Cependant, il n’y pas que le contenu de ses œuvres pour inspirer les gens. Sa vie aussi est un beau témoignage. Besogner 4 ans sur son second roman alord qu’elle jonglait avec son internat, le service sociale et sa résidence en pédiatrie, vivre à fond sa carrière de médecin et celle d’auteur, sans compter sa vie sociale, associative et privée à bien aligner ; Milady a sans conteste un portrait remarquable ! Quand il a fallu qu’elle défie les commentaires qui lui disaient qu’elle n’arriverait pas à concilier la médecine et la littérature, elle a fièrement eu à répondre « Jacques Stephen Alexis a su le faire ; ce n’est donc pas impossible d’y arriver ».

Elle a clairement gagné le pari. Ainsi, sur ses traces, d’autres jeunes avec de grands rêves qui auront l’air de déborder pourront aussi se dire qu’avec de la détermination et de la discipline, il est possible de toucher au but.

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