Face à Ely

••• De Jenny Flore LOUIS ••


J’ai rencontré Jean-Élie en 2012. À l’époque, j’étais au secondaire à Cluny, et Ely (comme je l’appelais) avait intégré le cercle littéraire de l’école. C’était un petit groupe où on s’échangeait les idées sur des livres, on débattait autour de la littérature et discutait sur des sujets sociaux et culturels. Ely ne ratait jamais une séance. Il avait ce zèle, ce sens des responsabilités et une telle humilité qui faisait de lui, parmi tous les ados du groupe, l’un des principaux piliers du cercle. Si bien que je savais qu’un jour ou l’autre, il en prendrait les rennes, lui qui s’était imposé sans faire de bruit, sans même qu’on ne s’en rende compte. Ely était de ceux qui marquaient leurs passages au fer rouge mais rien qu’avec les actes qui comptent vraiment.

Peu de temps après, lors d’une foire à l’UCNH, Ely avait eu à présenter “les dix hommes noirs” et “les animaux malades de la peste” – une fable qu’il aimait tellement! Après sa présentation, il a réuni Carlynx Elbeau, Ricardo Jean et moi, et nous a proposé de monter une structure qui aurait à produire des textes pour la scène et qu’avec d’autres adhérents, nous pourrions jouer également. Nous étions tous emballés par l’idée. Nous nous sommes concertés longtemps pour trouver un nom à cette structure avant de tomber d’accord sur un mot valise: “Haïtinéraire” (Haïti-Itinéraire).

Le temps passait, le projet prenait forme, nous n’avions que la rédaction de scénarios en perspective. Ce n’est qu’en 2014, quand il a fallu revoir les bornes du Cercle Littéraire de Cluny, que nous avions commencé à agrandir la portée de Haitinéraire. Nous étions toujours dans les aires de la littérature, de la production, et de la socialisation, alors Haïtinéraire est aisément devenu cercle littéraire en plus de sa mission première relative à la scène.

En 2015, suivant le déclin du créole haïtien et dans un souci de redynamisation, Ely proposa qu’Haïtinéraire lance une campagne de sensibilisation autour de la langue créole. C’est ainsi que nous avions lancé le “Festival Lang Kreyòl (FLK)” qu’il a lui-même coordonné en 2018 et en 2019 aux côtés de la Bibliothèque Anténor Firmin (BAF).

C’est cette image que je garderai de lui. Un homme, avec tout ce qu’il y a de plus imposant, mais qui pourtant n’a jamais créé d’ombre. Il a toujours été un compagnon fiable. Je chérirai sa mémoire toute ma vie.

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